Visite de notre représentation chez le patriarche Béchara Raï


Mardi 5 juin 2018 après-midi, les membres du conseil d'administration de l'ONM-Liban ont eu l'honneur et le privilège d'être reçus à Bkerké par Sa Béatitude le Patriarche Rai.
Après un très beau discours relatant nos activités, notre Président Maître Rachid Jalkh a remis au Patriarche Rai, un cadre en son nom et à l'effigie de l'ONM. 
Nous terminerons notre visite par les archives exceptionnelles de la bibliothèque du Patriarcat .Cette dernière possède un parchemin signé de Louis XIV, traduisant ainsi les liens ancestraux entre la France et le Liban.

Discours du president Rachid JALKH

Votre Béatitude le Patriarche Cardinal Mar Béchara Boutros Raï

Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient des Maronites

Béatitude

Permettez-moi tout d’abord, au nom de mes compagnons les membres du bureau exécutif de l’Ordre national du Mérite, de vous remercier d’avoir bien voulu nous accueillir dans votre siège patriarcal qui a incarné, à travers les siècles, les principes nationaux et qui a défendu les valeurs morales, spirituelles et humanitaires aussi bien au Liban que dans tout l’Orient. C’est dans cette perspective que vous portez, Béatitude, avec détermination et sérénité cette noble mission à savoir  l’apôtre de la paix et de la vérité.

Notre association, fondée par le général Charles de Gaulle le 3 décembre 1963, et notre section libanaise le 12 décembre 2007, œuvre à travers ses membres décorés de l’Ordre national du Mérite sous tous les grades à :

Consolider les liens d’amitié et d’entraide parmi ses membres aussi bien au Liban qu’à l’étranger ;

Développer l’esprit de citoyenneté civil et national en particulier chez les jeunes à travers le prix du civisme et de citoyenneté organisé par le siège central à Paris, à l’échelle mondiale, concours que le Liban a eu le privilège de gagner en 2017 le premier prix à travers le monde ;

Maintenir les valeurs morales et civiles tout en encourageant le devoir national, le développement de l’accompagnement et l’esprit de la commémoration.

Béatitude

Les compagnons de la section du Liban assument la responsabilité des principes précités car ils sont les dépositaires des valeurs républicaines aussi bien libanaises que françaises dans le cadre d’un engagement moral au sein de notre communauté de Mérite traduit par la lettre R : Recruter – Rassembler – Rayonner.

Les relations libanaises avec la France et la grande famille francophone reflètent l’ampleur et l’authenticité des liens, et permettez-moi Béatitude en cette occasion, de vous féliciter et vous saluer, avec mes chers compagnons, pour la récente visite que vous avez effectué à Paris et les fructueuses rencontres avec la président Macon et les dignitaires français.

Tout en vous réitérant nos sincères vœux de santé et de réussite, de même que nos remerciements pour cette rencontre, permettez-moi de citer le général de Gaulle qui présidait le 3 juillet 1931 – depuis 87 ans – une cérémonie à l’Université Saint Joseph à Beyrouth, je cite :

« Dans tout cœur de Français digne de ce nom, je puis dire que seul le nom du Liban fait remuer quelque chose de très particulier. »

  Bkerké le mardi 5 juin 2018

En visitant les archives nous avons trouvé, gisant dans un vieux tiroir avec d’autres documents tout aussi anciens, une lettre de Louis XIV (et de sa mère la régente Anne d’Autriche) assurant l’amitié indéfectible du Roi-Soleil et de la France envers les chrétiens maronites. Les archives sont classes par années pour chaque patriarche.

Le context

Le règne de Louis XIV (1643-1715) marque un nouvel épanouissement dans les rapports entre les deux nations : la France est omniprésente sur la côte libanaise et des émissaires maronites sont envoyés auprès du roi. En 1649 la rapacité et la cruauté des fonctionnaires ottomans poussent le patriarche de l’Église maronite, Mgr. Etienne Douwaïhi, à dépêcher son secrétaire en France pour demander de l’aide. À cette occasion, Louis XIV, (en fait la régente Anne d’Autriche, car il n’a que onze ans) renouvelle dans une lettre les assurances les plus formelles de son amitié royale et de sa protection au patriarche :

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Traduction :

« Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salut ! Savoir faisons, par l’avis de la reine régente notre très honorée dame et mère, qu’ayant pris et mis par ces présentes signées de notre main en notre protection et sauvegarde spéciale le Révérendissime Patriarche et tous les prélats, ecclésiastiques et séculiers chrétiens maronites qui habitent particulièrement le Mont Liban, nous voulons qu’ils en ressentent l’effet en toute occurrence, et pour cette fin nous mandons à notre ami et féal, le sieur de la Haye Ventelay, conseiller en nos conseils et notre ambassadeur au Levant, et à tous ceux qui lui succèderont en cet emploi, de les favoriser, conjointement et séparément, de leurs soins, offices, assistance et protection, tant à la Porte de notre très cher et parfait ami le Grand Seigneur, que partout ailleurs que besoin sera, en sorte qu’il ne leur soit fait aucun mauvais traitement, mais au contraire qu’ils puissent continuer librement leurs exercices et fonctions spirituelles.  Enjoignons aux Consuls et Vice-consuls de la nation française établis dans les ports et échelles du Levant ou autre, arborant la bannière de France, présentes et à venir, de favoriser de tout leur pouvoir le dit Sieur Patriarche et tous les chrétiens maronites dudit Mont Liban. Et de faire embarquer sur les vaisseaux français, 

ou autres, les jeunes hommes, et autres chrétiens maronites qui voudront passer en Chrétienté, soit pour y étudier, ou pour quelqu’autre affaire sans prendre ni exiger d’eux les frais qu’ils pourront leur donner, les traitant avec toute la douceur et la charité possible. Nous prions et requérons les illustres  et magnifiques seigneurs, les Bachas et officiers de sa Hautesse, de favoriser et assister le sieur archevêque de Tripoli et tous les prélats et chrétiens maronites, offrant de notre part de faire  le semblable pour tous ceux qui nous serons recommandés.»

Saint Germain en Laye le 28 avril 1649

En 1696 le roi intervint contre une tentative de la Porte de remplacer l’émir Ahmed Maan par un autre émir à sa dévotion. Des instructions furent données à l’ambassadeur de France à Istanbul, de Fériol, afin « d’employer tous ses offices les plus pressants pour procurer aux Maronites ce qui peut les tirer de l’oppression où ils sont, et apporter du soulagement aux chrétiens de leur nation ». Cette première intervention française pour préserver l’autonomie libanaise fut suivie de bien d’autres. Louis XIV correspondait aussi avec les évêques maronites car « il affectionnait d’autant plus leur nation qu’elle est la seule des pays orientaux qui soit éclairée des lumières de l’Évangile ». En 1697 les Maronites envoient un émissaire à Versailles pour dépeindre les aux dont souffrait leur nation et solliciter une nouvelle intervention de sa part auprès de la Porte. Répondant à leur prière, le grand roi se prononce alors explicitement pour l’autonomie libanaise dans une lettre adressée en 1701 à M. de Fériol, lui demandant d’intervenir efficacement dans ce sens. Il alla même plus loin en établissant un consulat à Beyrouth en plus de ceux qui existaient à Tripoli et à Saïda. Il en investit un Libanais, le cheikh maronite  Abou Naufal Khazen, avec toutes les prérogatives dont jouissaient les autres consuls français au Levant […] Le 28 juin 1702, le Roi-Soleil verse par l’intermédiaire du chancelier Pontchartrain la somme de mille livres au patriarche. A la mort de Louis XIV, en 1715, le nouveau patriarche Mgr. Jacques Aouad écrit une lettre pleine d’émotion : « Ma langue et ma plume […] sont impuissantes à décrire la douleur et l’inquiétude qui se sont emparées de tous les catholiques, en Orient comme en Occident […] ; de même, nous faisons vœux et des prières pour la conservation et la victoire du nouveau roi […] car nous n’avons en Orient pas de protection, de refuge, ni de salut en dehors du trône de France et de ses représentants dans le Levant ».

À l’époque de Louis XIV le soutien de la France aux Maronites est totalement désintéressé et motivé seulement par leur catholicité. Ce n’est que plus tard que la France s’est avisée que les Maronites pourraient être un jour une porte d’accès à la région et des alliés dans la défense de ses intérêts supérieurs.

(La France au Liban et au Proche-Orient du XIème au XXIème siècle – Essai historique par Ibrahim TABET aux Éditions de la Revue Phénicienne, page 58 & 59)

Président(e) de la section

M. Rachid JALKH

Trésorier(e) de la section

Robert MARTIN